L’europeenne

كتبها mohamed abdesslam ، في 8 مايو 2009 الساعة: 18:16 م

                                             L’EUROPEENNE                                                                   

 

 Tous ceux qui avaient accompli le cinquième pilier (Rokn) de l’islam s’attribuaient le surnom de Haj ou Hajja. Selon un hadith, ils revenaient chez eux, à moins que le destin ne décide autrement, purs et sans péchés semblables à un enfant qui vient de naître. La coutume voulait qu’on les appelle haj ou hajja sinon, ils se fâcheraient. Mais,  l’étrange est que certains d’entre eux, après ce rite, persévéraient dans leurs mauvais actes d’avant. Cependant, on ne devrait pas généraliser. Il existait des personnes  tout à fait différentes. Elles sont très appliquées et très sérieuses dans leur foi. C’était le cas de Hajja Hachouma, une femme de bon renom en matière de religion. Elle habitait une petite ville au sud du Maroc encore très conservateur. C’était plutôt une nonagénaire, presque aveugle, mais elle jouissait d’un esprit qui gardait encore toutes ses capacités biologiques. Elle faisait sa prière toujours au même endroit, se prosternant sur une peau  de mouton qui diminuait tout comme une peau de chagrin et chaque jour en mangeait un pan. Peut-être ne mourrait-elle pas tant qu’il en resterait encore un morceau sur lequel elle posait cinq fois par jour, voire plus,son front sillonné par le temps sur lequel est gravé un petit cercle foncé ; la preuve de son attachement à la prière .

L’heure de couper le jeûne venait de sonner, car elle avait l’habitude de jeûner tous les lundis et jeudis. Le cadran d’une pendule modèle français suspendu au- dessus d’une petite fenêtre donnant sur la vaste cour de la grande maison, marquait dix-huit heures trente minutes. Les muezzins lançaient l’appel pour la prière du crépuscule, tous les minarets des mosquées avoisinantes appelaient à la prière presque au même temps avec plus ou moins quelques secondes de retard les uns par rapport aux autres.

De temps en temps, la grand-mère réunissait sa progéniture grands et petits ; personne ne pourrait s’absenter et ce depuis que ses petits-fils avaient atteint l’âge d’accomplir leur prière. Ils étaient au nombre de dix, mais les plus concernés étaient deux filles et quatre garçons. Cette réunion n’était qu’un prétexte pour leur rappeler leurs obligations envers Dieu et envers leurs semblables ; car à force de rappeler les règles et les préceptes de l’islam on finit par devenir un vrai musulman. Ils devraient pratiquer la charia à quelques préceptes près ; faire la prière à temps ; jeûner correctement et dans les règles strictes de la religion ; faire la zaka, bref être un bon musulman. Telle était la devise de la grand-mère.

Quelques jours auparavant son fils aîné Mohamed- ce nom est presque présent dans toutes les familles marocaines musulmanes- avait constaté que son fils aîné à lui aussi, Mohamed, désormais l’aîné de la famille s’appelait Mohamed, se retirait dans sa chambre, n’assistait que rarement aux réunions des sa grand-mère. Il fréquentait souvent le cyber café de la ville, bref il se faisait une vie à part. Son père n’était pas indifférent au revirement brusque de son fils. Il tentait de comprendre ce qui se passait dans sa tête, malheureusement, il n’obtenait rien.

« Il y’a bel et bien quelque chose qui le préoccupait et je dois le connaître », se disait son père.

Il ne tarda pas à engager son neveu, Ali, comme détective privé dans le but de connaître ce qui tourmentait son fils depuis un certain temps.

-Tu vas essayer de t’approcher de ton cousin et tu connaîtras discrètement le problème qui le préoccupe ces derniers jours.

- Mais, tu sais, entre lui et moi le courant ne passe pas !

-Prends tout le temps qu’il te faudra, mais tâche de savoir ce que c’était ! Et ça reste entre nous !

-D’accord, tu peux compter sur moi.

Aussitôt le cousin entama l’affaire. Le temps semblait pressant pour le père. Le cousin n’avait plus de temps à perdre ; il voulait terminer la mission avant que la situation ne s’aggrave. Cette amitié qui surgit brusquement de la part de Ali laissait naître des soupçons chez Mohamed, le fils, qui comprit très vite pourquoi son cousin le côtoyait de si près, lui qui était toujours loin de lui. Et pour lui faire gagner du temps ; il lui avoua son secret. Le cousin ne savait pas comment sortir de ce dilemme: parler à son oncle, autrement Mohamed le déconsidérerait, ne plus lui parler  serait pire encore. Il évitait à chaque fois son oncle, sinon il lui trouve nécessairement une excuse.

Une semaine plus tard, alors que son père et sa grand-mère étaient devant la maison après la prière d’al Asr, en train de discuter de l’état physique et moral de leur fils qui ne leur plaisaient pas ces derniers jours, une voiture de luxe de couleur noire, immatriculée dans le département de Marseille au sud-est de la France, s’arrêta dans un nuage de poussière non loin d’eux. Une belle fille blonde, taille svelte, yeux verts ; ayant de l’allure,et portait une tenue légère symbole de la saison d’été : une chemise blanche,demi manches, déboutonnée à dessin pour laisser voir une belle poitrine au milieu de laquelle descendait un crucifix très symbolique et ce n’est pas pour rien qu’elle le met en relief ,par cette fenêtre pas comme les autres,bref, elle avait beaucoup de féminité ; descendit aussi brusquement que sa voiture fut arrêtée. A leur grande surprise,  cette européenne, c’était comme ça qu-ils l’appelaient, leur demanda sans aucune ambiguïté, le nom de Mohamed El Asri leur nom de famille. C’est vrai la prononciation n’était pas parfaite mais ils avaient compris. Ils étaient interdits pour un long moment. Ils échangèrent des regards mêlés de surprise, d’étonnement et de douceur aussi.

  Le père s’avança vers elle, la salua d’un geste de la tête ; sa religion lui interdit de toucher la main d’une personne étrangère encore moins d’une chrétienne. Ils échangèrent quelques mots. Le père qui semblait ne pas trop comprendre, lui fit signe de la main d’attendre : le langage des sourds- muets sauva la situation. Le frère de Mohamed, le fils, venait à la rescousse. Malgré son niveau un peu bas en français, il avait réussi quand même à s’en sortir. Mohamed fut vite alerté car il se trouvait dans le cyber café du coin. En attendant, une grande inquiétude se lisait sur le visage de ses parents qui se posaient intérieurement un tas de questions.

A sa grande surprise, Mohamed fut décontenancé ; mais au fond de lui-même, il était très enchanté. Il ne s’attendait pas à ce que sa correspondante Giselle soit venue aussi vite. Le temps était peut-être mal choisi, elle aurait pu attendre encore un peu, se disait Mohamed : Le temps de préparer ses parents à cette grande surprise. Il devenait tout rouge. Ses parents l’avaient remarqué et, pour faire preuve de l’hospitalité marocaine ; ils faisaient semblant d’accepter que leur fils l’accueille chez lui pour lui épargner tout embarras.

Les heures et les jours passèrent et Giselle semblait contente et sympathique avec l’ensemble de la famille, notamment avec les jeunes de son âge.

La grand-mère qui était très attachée aux recommandations de l’islam, tout comme son fils, semblait accepter à contrecœur. Et à mesure que les jours passaient l’inquiétude de ses parents augmentait. Les mauvaises bouches commencèrent à chuchoter pendant que l’européenne se familiarisait avec son entourage. Elle prenait de plus en plus de temps à circuler avec Mohamed dans les  rues de la ville. Tout le monde la connaissait à présent. La majorité des habitants n’apprécia guère ce genre de comportement. Finalement, ils avaient peut-être raison. Ils avaient peur que ce ne soit pas un exemple négatif pour leurs enfants –garçons et filles confondus- car ces gens-là étaient fortement attachées aux règles de leur religion.

Un mois plus tard, alors qu’elle dormait avec les deux sœurs de Mohamed, fils, dans leur chambre avoisinant celle de la grand-mère et à un moment où presque tout le monde rêvait, elle vomissait à deux reprises. Les deux sœurs désormais devenues ses amies faisaient tout pour que personne ne soit au courant ; elles faisaient appel à leur instinct de femme ; une petite toilette faite à la hâte pour camoufler,en partie,ce problème,bien que quelques traces physiques subsistent encore.  Mais, la grand-mère avec sa longue expérience dans le domaine avait tout compris. Peut-être y’avait-il  là un secret ? Les femmes en savaient beaucoup de choses ; elles comprenaient les unes les autres dans les choses d’intimité. D’ailleurs, c’était une chose qu’on ne pouvait pas cacher. Et dire que Mohamed avait encore besoin d’un autre problème. C’était vraiment un problème d’autant plus qu’il est difficile à résoudre. Le lendemain, Mohamed l’emmena en cachette chez un génécologue pour lui faire subir un test .Il ne savait pas encore que c’est peut-être les signes d’une grossesse.

Dans la salle d’attente, il allait et venait comme une sentinelle et à chaque fois, il jeta un regard furtif vers la porte d’où son amie allait sortir et un autre sur sa montre, finalement, il avait peut-être raison, le problème n’est pas aussi simple qu’on ne le pense. Soudain, la porte s’ouvrit et le médecin lui demanda d’entrer. Une fois installé sur son siège en cuir noir lui annonça fièrement : « votre femme est enceinte ! »

- Quoi ? Enceinte ?!

-Oui, oui enceinte !

- C’est que… c’est que ce n’est…

- Ce n’est quoi ?

- Non, non rien seulement, je suis un peu surpris.

- Ah bon ! D’accord, la première fois c’est toujours comme ça.

 La nouvelle avait mis Mohamed hors de lui, il n’avait même pas pensé à remercier le médecin.

Dans la rue, il lui demanda : « qu’est-ce qu’on fera  maintenant ?

-En tout cas, moi je voudrais garder l’enfant, dit l’européenne.

- Tu sais quoi ? Chez nous c’est illicite, expliquait Mohamed, un enfant né hors mariage n’est pas très accepté disons un bâtard, autrement ce sera une honte qui me hantera durant toute ma vie.

- Bâtard ou non, moi je le veux, ce sera le fruit de notre amour et je voudrais mener cette grossesse à terme.

 

Il restait interdit pendant un long moment avant de prendre une décision…

 

A la maison, on n’avait que ce sujet à la bouche ; la famille s’est divisée en deux camps : deux modes de pensée. La première avec la deuxième génération qui s’oppose à la troisième, formée par les petits-fils. Ceux-ci étaient tous scolarisés.

Au fond, Mohamed tenait beaucoup à son amie encore plus à son fils disant à son futur fils. Il l’aimait tellement bien qu’il ne pourrait plus se séparer d’elle.

Son père l’avertit contre le mariage mixte, sa grand-mère était intraitable là-dessus. Mais, il était soutenu     par ses frères, ses sœurs, ses cousins et cousines. Ceux-ci étaient plus instruits, plus intellects et plus ouverts sur le monde extérieur, notamment l’Europe et plus précisément la France  Ils avaient appris sa langue et sa culture, mais ils étaient aussi saturés de la foi musulmane. Ils utilisaient cette arme qui pourrait peut-être pousser les durs  à changer d’avis. Alors, ils puisaient des arguments dans le coran et dans la sounna : des arguments susceptibles de convaincre ses parents. Ils étaient difficilement d’accord, mais à condition que l’européenne change de nom et se convertisse à l’islam.

Quelques jours passèrent encore, le temps de connaître sa décision et il s’avérait que rien n’était plus antipathique à cette française que de devenir musulmane. Tout le monde avait cru qu’elle allait accepter. Ils étaient tous consternés. Lui, il s’attachait beaucoup à son amie si bien que le lendemain et à une heure où tout le monde rêvait ; ils quittèrent la ville  à leur insu  vers une direction inconnue.

                                                  (     Mohamed Ait Abdesslam ( Juin, 2006                                                                                                                                         

                                                                                                                    

                                                                                                                 

 

 

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